Transition Design, un nouveau paradigme à inventer

parAnne-Sophie Prévostcatégorietendances

14 Sep 2016

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Du monde construit au monde naturel, par Carnegie Meelon University, 2014

Vous connaissez déjà le “Service Design” (oui ?). Vous vous intéressez désormais au “Design for Social Innovation” (non ?), et voilà que l’on vous parle de “Transition Design”. Pas facile à suivre... Tout comme notre monde en transition dont les perturbations affectent notre économie, notre société, notre écosystème et nous affectent en tant qu’individus. Utiliser ces perturbations pour transformer positivement notre société et nos modes de vie, c’est tout l’objet du “Transition design”. On vous dit tout de ce sujet qui sera mis à l'honneur lors du Pecha Kucha organisé par Design Innovation le 20 octobre prochain.

L’émergence d’une nouvelle discipline

Nouvelle discipline, ou nouvelles applications du design favorisant l’innovation dans la co-création et conduisant à une meilleure qualité de vie grâce à des solutions (produits, services, systèmes) innovants.

 

L’émergence de cette discipline du “Transition design” s’inscrit dans la continuité du design de service, s’inspirant de ses méthodes et s’appuyant sur sa maturité, et du design pour l’innovation sociale avec ses développements actuels importants.

Ils poursuivent néanmoins des objectifs différents : tandis que le design de service se veut être un design de l’expérience qui prend place dans un contexte socio-économique existant et apporte un changement qualifié de “modéré”, le design pour l’innovation sociale cherche à répondre à des besoins sociaux/sociétaux inassouvis et permet ainsi de challenger les modèles existants et de voir des modèles alternatifs émerger, apportant un changement significatif.

Le design de la transition, quant à lui, envisage un changement complet, radical, de paradigme, à la croisée des contextes sociaux, économiques, politiques et écologiques. L’objectif est d’intégrer les perturbations actuelles que nous rencontrons pour créer de nouveaux modes de vie à part entière, plus durables mais également souvent plus conviviaux et participatifs, et les systèmes et infrastructures s’y référant.

La notion de “cosmopolitan localism”, déjà diffusée par Ezio Manzini dès 2009, prévaut en matière de Transition design. Cette expression évoque à la fois l’encrage local nécessaire d’une telle démarche[1] et sa dimension universelle.

 

« Transition Design focuses on the need for ‘cosmopolitan localism’, (Manzini 2009; Sachs 1999) a lifestyle that is place-based and regional, yet global in its awareness and exchange of information and technology. » Carnegie Mellon University’ School of Design[2]

 

Le résumé ci-dessous, extrait des travaux de la “Carnegie Mellon University’ School of Design”[3], pionnière (dès 2012) en matière de Transition design, explique bien ces différences et cette continuité.

Transition Design

 

Selon la “Carnegie Mellon University’ School of Design”, le “Design for Service”, le “Design for Social Innovation” et le “Transition Design” représentent tous trois des façons potentielles de résoudre des problèmes qui mènent à un changement modéré (de service), signifiant (social) ou radical (transition). Ils sont tous trois regroupés sous l’appelation “Design for Interactions”, qui réfère au focus sur la qualité des interactions entre les personnes, le monde construit (“designed”) et le monde naturel.

Design for Interactions

« Transition Design is an emerging area of design practice, research and study aimed at re-conceiving entire lifestyles to be more sustainable. It is based upon the belief that the transition to a sustainable society is one of the biggest design challenges of the 21st century. Complex problems such as pollution, poverty, loss of biodiversity, the economic crises and privacy issues to name a few, are interconnected and interdependent ‘systems problems’, that exist at multiple levels of scale within the social and environmental spheres.  Students of transition design study the dynamics of complex systems and apply the tools and processes of design to ‘leverage’ these dynamics in their solution.

Transition design focuses on the need for ‘cosmopolitan localism’, a place-based lifestyle in which solutions to global problems are designed to be appropriate for local social and environmental conditions. Its objective is to foster a global network of mutually supportive communities that share and exchange knowledge, ideas, skills, technology, culture and resources. »

 

Pour en savoir plus : http://design.cmu.edu/content/program-framework et http://transitiondesign.net/ pour de précieuses ressources sur le sujet.

 

Un design de la résilience

Le design de la transition prend comme prémisse central le besoin d’évoluer vers une société plus durable et fait valoir le rôle potentiel du design dans cette transition.

Il s’agit d’une transition vers la résilience[4], la conception d’un nouveau mode de vie dans lequel nous serions, en tant qu’individu, que collectif, que société, qu’économie, aptes à maintenir notre intégrité voire à retrouver nos propriétés initiales aliénées, et ainsi à améliorer notre qualité de vie.

 

L’Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne (EESAB) à Brest nous invite à imaginer le potentiel d’une vision plus globale de la notion de résilience grâce au design[5] :

« Par le biais du design, nous pourrions envisager une compréhension différente, plus globale du concept de résilience. Considérer la capacité des systèmes qu'ils soient sociaux, culturels, économiques ou écologiques à faire face au changement et à continuer de se développer, en utilisant les perturbations pour catalyser le renouvellement, la nouveauté, et l'innovation. En d'autres termes, comment les systèmes répondent t-ils aux changements et comment peuvent-ils être améliorés par les perturbations ? »

 

Nous vivons une période de transition, période perturbée par de nombreuses perturbations. Comment notre écosystème peut-il se réorganiser et intégrer positivement ces changements de l’ordre de la transition écologique, environnementale, énergétique ; mais aussi de la transition sociale ou économique ?

Car il s’agit bien de reconcevoir des modes de vie à part entière, de concevoir des solutions ou mieux des écosystèmes multifacettes et leurs infrastructures (politiques, éducatives, sanitaires, nourricières...) qui contribuent à des transitions sociétales positives importantes. Un paradigme socio-politico-économique radicalement nouveau qui nécessite une compréhension profonde des systèmes actuels et une capacité à évoluer en leur sein pour les transformer durablement.

 

“Le Transition Design applique une profonde compréhension de l’interdépendance des systèmes sociaux, économiques et naturels pour concevoir des solutions qui tirent parti de la puissance de l’interdépendance et de la symbiose.” Schumacher College[6]

 

Comment le design impulse-t-il, participe-t-il et/ou catalyse-t-il une certaine forme de résilience?

Comment le design peut-il mettre à profit notre capacité d’adaptation comme vecteur de ré-invention de nos modes de vie et d’innovation dans ce domaine ?

 

Nous vous proposons de le découvrir en images et en paroles lors du Pecha Kucha TRANSITION DESIGN organisé par Design Innovation le jeudi 20 ocobre prochain à Charleroi dans le cadre des festivités de son 10ème anniversaire. Pour vous inscrire (gratuit mais obligatoire) : cliquez ici.

 

En attendant et pour vous mettre en appétit, nous vous proposons deux illustrations de ce Transition design axées sur les matériaux. Prenant appui sur le besoin de transition énergétique post-ère pétrolière, c’est bien un changement global et notamment socio-économique qu’ils induisent, vers un mode de vie plus durable, qui relie le monde construit (designed) à la nature.

 

Eben Bayer

 

Rachel Armstrong

 

Utopique ? Pas si sûr... Nombre de ces projets existent déjà dans le monde de la recherche voire de l’industrie ou dans le milieu politique et citoyen et s’apprêtent à changer nos modes de vie. Rendez-vous le 20 octobre !

 

 

[1] Le localisme est une doctrine qui consiste à privilégier ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, afin de favoriser la démocratie participative, la cohésion sociale et l'économie de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de personnes et de marchandises. (Wikipedia)

 

[2] Source : Transition Design 2015, “A new area of design research, practice and study that proposes design-led societal transition toward more sustainable futures ». Carnegie Mellon Design. Disponible en ligne : http://design.cmu.edu/sites/default/files/Transition_Design_Monograph_final.pdf

 

[3] Source : Transition Design 2015, A new area of design research, practice and study that proposes design-led sociétal transition toward more sustainable futures. Carnegie Mellon Design. Disponible en ligne : http://design.cmu.edu/sites/default/files/Transition_Design_Monograph_final.pdf

 

[4] La résilience désigne la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération. (Wikipedia)

Elle est définie par l’Ecole Européenne Supérieure d’Art de Bretagne (EESAB) sur le site http://www.designandtransition.com/ comme :

« La capacité d'un système à absorber un changement perturbant et à se réorganiser en intégrant ce changement tout en en conservant essentiellement la même fonction, la même structure et les même capacités de réaction.
L'aptitude d'un système, de l'échelle des individus à celle d'économies entières, à maintenir son intégrité et à continuer de fonctionner sous l'impact de changements et de chocs provenant de l'extérieur.
Dans le contexte des communautés humaines, il renvoie à leur capacité à ne pas disparaître ou se désorganiser au premier signe d'une pénurie par exemple de pétrole ou de produits alimentaires mais, au contraire, de répondre à ces crises en s'adaptant. »

 

[5] Source : http://www.designandtransition.com/

 

[6] Traduit de l’anglais. Source : https://www.schumachercollege.org.uk/

Le Schumacher College propose une formation inédite sur le Transition Design : https://www.schumachercollege.org.uk/courses/short-courses/transition-design-solutions-for-life

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