L’innovation de process et l’innovation organisationnelle vues sous l’angle du design

parAnne-Sophie Prévostcatégoriele design dans l’organisation

31 Aoû 2017

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Speedfactory by Adidas. Source photo : runners.fr

« Une innovation est la mise en œuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé (de production) nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques d’une entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures. » OCDE, Manuel d’Oslo : Principes directeurs pour le recueil et l’interprétation des données sur l’innovation, 3ème édition (2005)

L’innovation est multi-facettes

 On cite souvent 4 types d’innovation :

 

  • L’innovation de l’offre (produit/service) : développer de nouveaux produits ou services (= le quoi) qui répondent mieux aux besoins identifiés du marché ;

 

  • L’innovation de processus (ou procédés) : développer de nouveaux procédés ou méthodes qui permettent d’optimiser la livraison du produit/service, c’est à dire le délivrer plus vite, moins cher et/ou de meilleur qualité (= le comment). Cette diminution des coûts de production peut entraîner une baisse significative du coût d’achat pour l’utilisateur ;

 

  • L’innovation de marché : introduire son produit/service sur un marché inédit (= le qui) ;

 

  • L’innovation de valeur : viser un besoin non satisfait de son marché (= le pourquoi). La valeur ajoutée de votre offre pour l’utilisateur crée une plus-value financière pour votre entreprise.

 

L’innovation de procédé/processus est donc une approche visant à transformer les organisations et à améliorer leur performance. Elle concerne de nouvelles techniques de fabrication ou de distribution/commercialisation. L’innovation de procédé porte sur la façon de fabriquer le produit. Elle permet le plus souvent de réduire les coûts de fabrication mais peut aussi permettre d’atteindre des fonctionnalités jusque là inaccessibles. Elle est le plus souvent invisible pour le client, mais très bénéfique pour l’organisation.

 

De l’innovation de procédés, à l’innovation organisationnelle et managériale

Quelques définitions :

 

L’innovation de procédés (ou de process) s’appuie sur la mise en œuvre d’outils techniques (nouvelles machines, nouvelles technologies, informatique…) pour améliorer la productivité (réduction des coûts et des délais) et la qualité, rendre l’entreprise plus réactive et la production plus personnalisable, réduire la consommation de matières premières et les déchets…

 

L’innovation organisationnelle concerne plutôt les systèmes de gestion (flux tendus, 24/7, gestion des connaissances, de la qualité…), l’organisation du travail (méthodes de travail, organigramme, travail collaboratif, externalisation…) et les relations extérieures de l’entreprise (relations avec les fournisseurs, logisticiens, distributeurs et autres partenaires…). Elle complète souvent l’innovation de procédé (une nouvelle technique s’accompagne d’une réorganisation) mais peut également intervenir seule.

 

L’innovation managériale est une forme d’innovation organisationelle qui se focalise sur la manière dont se distribuent l’information, le pouvoir et le contrôle au sein de l’entreprise.

 

Source : Innovation Nouvelle Génération, BPI France

 

L’innovation organisationnelle se focalise donc sur l’organisation de l’entreprise et l’organisation du travail : stratégie, gestion des ressources… Nous vous invitons à titre d’exemple à découvrir la démarche d’innovation managériale du Groupe Poult : cliquez ici

Source photo : Groupe Poult

 

Le secteur public se révèle également être un terrain de choix pour une innovation multi-facettes ! Imaginons de reconcevoir le parcours de soin dans un hôpital, cette démarche s’accompagne potentiellement d’une innovation de service, de process et d’une innovation organisationnelle (nouvelle organisation des équipes pour une prise en charge des patients revue et améliorée).

A ce titre, nous vous invitons à découvrir les innovations imaginées par les jeunes designers encadrés par Design Innovation lors de leur immersion au CHU de Liège : https://www.designinnovation.be/index.php?option=com_articles&task=view&id=226

 

Notons donc que les différents types d’innovation ne sont bien sûr pas cloisonnés mais cohabitent au sein de l’entreprise et parfois au sein d’un même projet. Il n’est pas rare par exemple que l’innovation de process s’accompagne d’une innovation de business model, puisqu’elle modifie la façon dont l’entreprise produit de la valeur et les ressources qu’elle mobilise.
Nous citerons en exemple Sculpteo et son service d’impression 3D à la demande, ou encore Groupon qui associe innovation de service, de procédés et de business model.

 

Les TIC, des outils puissants pour produire l’innovation, une production orientée client

« Le projet Industrie 4.0 vise ni plus ni moins à dessiner les contours d’une 4ème révolution industrielle portée par la vision d’une mise en réseau de tous les éléments du processus de production pour construire l’usine ultra-connectée du futur, baptisée integrated industry, smart factory ou encore digital factory. »

Bpifrance Industrie 4.0 rédigée par KOHLER C&C (Novembre 2015)

 

Concrètement, les TIC investissent les clients d’un nouveau pouvoir, celui de faire valoir leurs besoins et demandes en temps réel, obligeant les industriels à y répondre dans les meilleurs délais, et sous la forme la plus appropriée (adaptation des séries par exemple, à coûts raisonnables), les poussant à développer les partenariats pour y parvenir, à partager les informations, à collaborer.

Il leur faut aller plus loin encore, en faisant évoluer leurs process de production bien sûr, mais aussi en cherchant à anticiper de nouvelles chaînes de création de valeur, de nouveaux business models, en couplant produit et service.

C’est là où TIC et Design se rencontrent, dans l’analyse, la conception et la mise en œuvre de ces nouveaux procédés et de ces nouvelles organisations. S’en suit des enjeux forts de gestion du changement, comme le souligne la publication Bpifrance Industrie 4.0 rédigée par KOHLER C&C (Novembre 2015) :

 

« La première difficulté vient de ce que la numérisation touche simultanément deux niveaux où s’expriment des résistances et des peurs face au changement :

 

- celui du développement et de l’intégration des technologies de la smart factory et de l’industrie 4.0 dans les entreprises,

 

- celui de la reconfiguration des business models existants avec l'apparition de nouveaux facteurs de compétitivité, d'une frontière de plus en plus ténue entre industrie et service et la captation possible de la valeur produite par les acteurs qui se sont rendus maîtres des données d’usage des clients. »

 

L’industrie 4.0 s’attache ainsi à augmenter l'adaptabilité de la chaîne de production, à ajuster en temps réel les process de production en fonction des commandes et à transmettre toutes les données pertinentes pour cela.

La transmission d’information est donc au cœur du système, asscoiée à une capacité renouvellée à résoudre les problèmes en temps réel, à associer les compétences et métiers et à coupler les dimensions réelles et virtuelles de l’organisation.

 

Un exemple : La Speedfactory par Adidas

 

Le projet Speedfactory, lancé en Allemagne avec le soutien du programme Autonomik 4.0 du ministère fédéral de l’Economie et de l’Energie, vise à développer une unité de production de chaussure de la taille d’un camion de 38 tonnes permettant de relocaliser la production de chaussures, voire de vêtements textiles au plus près de la demande, c'est à dire à proximité des agglomérations urbaines.

Pour en savoir plus : http://runners.fr/adidas-speedfactory-production-futur/

Speedfactory by Adidas. Source photo : runners.fr 

En résumé : L’apport du design au processus d’innovation

Dans cet éco-système d’innovation multifacelle, le design et ses méthodes permettent de :

 

  1. Comprendre

Outil de résolution de problème, le design débute son travail par un effort important de recherche et d’analyse. Il cartographie les situations, les processus, les flux, les acteurs et les interactions existantes pour en comprendre le fonctionnement.

 

  1. Détecter

Ce travail d’analyse préalable à toute recherche de solution s’accompagne nécessairement d’une identification, d’une sélection et d’une définition du ou des aspect(s) à optimiser ou reconcevoir. Il s’agit de construire le cahier des charges du projet identifié.

 

  1. Imaginer

Emettre des idées, imaginer des scénarios alternatifs, créer une vision du possible, tester les solutions pour choisir la meilleure, voilà une part importante du design, orientée vers la résolution du problème identifié.

 

  1. Rendre possible

Enfin, le développement continu itératif de la solution retenue ainsi que son implémentation et sa bonne mise en œuvre relèvent aussi de la responsabilité du design.

 

Néanmoins, le designer n’est pas un spécialiste des technologies numériques ou des processus de production des différentes industries pour lesquelles il peut mettre ses compétences en œuvre et sa vision globale et systémique en action.

Un travail commun et une forte collaboration entre managers, techniciens, ingénieurs process et qualité, agents de production… et designers est nécessaire et incontournable. Les aspects décrits ci-dessus, guidés par le designer et ses outils, ne pourront donc être mis en œuvre que dans une approche collaborative et multidisciplinaire.

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