Le rôle de l'architecte évolue, entre technique et méthodes participatives

parAnne-Sophie Prévostcatégoriedesign social

16 Aoû 2016

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Ted Talk with Alejandro Aravena on Participatory Design - Source: Impact Design Hub

Le design participatif ("participatory design"), également plus communément appelé co-design, est une approche où tous les acteurs concernés par le projet sont impliqués dans le processus de conception. Si le design implique traditionnellement le commanditaire et les professionnels au cœur du projet (industriels sous-traitants par exemple), dans le design participatif le cercle est élargi, notamment aux utilisateurs, et tous sont légitimes pour impacter le projet. Mais cela concerne-t-il également l'architecture ou plus largement le design d'espace ?

 L’architecture participative, de nouvelles méthodes pour les architectes

Sur le même principe que le design participatif, l’architecture participative ou l’urbanisme participatif consiste dans l’implication des futurs habitants (de l’habitation individuelle ou « partagée », de l’immeuble, du quartier, de la ville...) dans la conception de leurs espaces.

Pour les habitants, le bénéfice est évident. Au-delà d’une réponse plus pertinente à leurs besoins, cela incite la population à échanger, à créer du lien social et engage les habitants dans un « vivre ensemble » plus convivial.

Mais pour les architectes et les commanditaires ? L’architecture participative permet aux habitants de s’approprier leur environnement, assure un usage efficient des futurs espaces et permet de s’assurer d’une certaine pérennité pour ces espaces qui seront préservés par ceux qui les ont voulus et co-conçus.

Bien sûr, cela signifie une évolution du rôle et des méthodes des architectes comme le souligne Judith le Maire, architecte et docteur en architecture contemporaine, directrice du Centre des Laboratoires Associés pour la Recherche en Architecture CLARA dans la faculté d'architecture la Cambre-Horta de l'Université libre de Bruxelles[1] :

« La participation en architecture remet en cause le rôle de l'architecte et sa formation, mais ne doit-elle pas être intégrée à cette formation? »

 

Suivant le principe du designer facilitateur dans un processus de « participatory design », l’architecte doit permettre aux habitants d’exprimer leurs besoins, de les concilier. Judith le Maire nous confirme que Giancarlo De Carlo, célèbre architecte italien « humaniste », « voit l'architecte comme un démêleur du qenius loci, l'interprète et le réconciliateur des aspirations locales exprimées. Il insiste sur la modestie de l'architecte. »[2]

 

L’évolution des compétences et des méthodes de l’architecte ont directement trait aux sciences humaines. C’est ce qu’étudie le centre de recherche en architecture et sciences humaines de la faculté d’architecture de l’université libre de Bruxelles[3], SASHA. Les sciences humaines permettent en effet de s’assurer une compréhension efficace des besoins et attentes des usagers et leur implication directe dans le processus de conception. Néanmoins cela ne s’improvise pas.

 

Bernard Kohn, architecte co-fondateur de l’agence pluridisciplinaire « Environnement et Comportement »[4], déclare sur son site internet :

« Les expériences d’architecture participative ne peuvent pas être improvisées, car organiser et animer de 50 à 150 réunions de travail entre les futurs habitants et l’équipe de projet demande un réel engagement ainsi que la pratique d’une pédagogie et méthodologie de projet spécifique. »

 

Le social design – Terrain d’expression privilégié

L’architecture participative et plus encore l’urbanisme participatif ont un pas dans le design des politiques publiques, c’est évident, et un autre de plus en plus ancré dans le design social. En effet, les difficultés sociales et sociétales (voire les urgences humanitaires) ne peuvent être surmontées qu’à travers une démocratie participative qui s’exprime également dans ce type de projets : les citoyens entendent désormais apporter leur pierre à l’édifice dans la construction de leur lieu de vie, de leur quartier, de leur ville.

 

Nous citerons 3 exemples :

 

  • Le Rural Studio de l’université d’Auburn en Alabama[5]:

Fondé par le très influent architecte et professeur Samuel Mockbee (1944-2001), le Rural Studio est à la fois un support éducatif et un moyen d’améliorer les conditions de vie dans l’une des régions les plus pauvres des États-Unis. Son premier projet marquant, le Hay Bale House, date de 1994. Il s’agit d’une maison bâtie pour un couple de personnes âgées élevant trois petits-enfants dans une baraque délabrée.

 

Illustration : projet St. Luke par Rural Studio à retrouver ici.

 

  • « Share an Idea » par Gehl Architects à Christchurch en Nouvelle-Zélande[6]:

Dévastée par un violent tremblement de terre en 2011, la ville de Christchurch en Nouvelle-Zélande a fait appel au cabinet d’architectes danois Gehl Architects pour l’aider à repenser un nouveau centre-ville. Spécialiste de l’urbanisme participatif, l’équipe de Gehl Architects a collaboré avec les élus municipaux pour lancer la campagne Share an Idea, une invitation aux résidents à exprimer leurs idées sur les aménagements futurs. Un impressionnant total de 106 000 propositions a été récolté, à partir duquel de grandes orientations ont été tracées. Dès le départ, le conseil municipal a démontré une volonté claire de mettre les citoyens à contribution et ces derniers ont été impliqués tout au long du processus. Aujourd’hui en phase de réalisation, le redéveloppement de Christchurch n’est pas que le reflet de la volonté d’une poignée d’experts ou d’élus, mais bien le fruit d’une vision commune de ses citoyens.

Share an idea 

 

  • Alejandro Aravena, dernier Prix Pritzker d’architecture :

Vous pouvez retrouver quelques-uns de ses projets et sa philosophie dans sa conférence TED 2014, passionnante et accessible via ce lien .

Architectes, designers, formez-vous à la technique, mais n’oubliez pas d’acquérir les compétences qui vous permettront de donner toute sa place à l’usager !

« L'architecture est trop importante pour être
 laissée aux seuls architectes. »  Giancarlo de Carlo

 

 

[1] Ces propos peuvent être retrouvés ici .

 

[2] Le journal Le Monde rappelle :

« L'écoute des habitants qu'il ne cesse de préconiser, De Carlo la met en œuvre à deux reprises. Pour l'ensemble piétonnier de Terni (Ombrie, 1969), un labyrinthe en béton parcouru de passerelles et de terrasses, et pour le lotissement coloré de Mazzorbo (lagune de Venise, 1985), évocation sans pastiche d'un village de pêcheurs. Ces expériences seront pour lui, dira-t-il, "comme des chocs". "La participation, c'est une question de désaliénation réciproque. Un architecte doit réviser complètement ses idées au contact des habitants et de la réalité", expliquait De Carlo au Monde en 2004. »

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/

 

[3] Sasha est un centre de recherche de la Faculté d'architecture de l'Université libre de Bruxelles. Il regroupe des travaux et des chercheurs qui ont en commun de travailler les liens entre l'architecture et les sciences humaines. Les projets du centre, chacun à leurs manières, questionnent, mettent à l'épreuve et réfléchissent la nature de ces liens au travers d’objets d'étude allant du matériau de construction à l'aménagement urbain en passant par des questionnements épistémologiques. Ils le font en mobilisant les disciplines des sciences humaines telles la sociologie, l'anthropologie, la philosophie, la psychologie ou l'histoire sociale.

À travers ses axes de recherche, Sasha entend donc se donner les moyens d'appréhender ses objets d'étude au moyen d'outils, de concepts et de méthodes issus des sciences humaines. Mais Sasha s’ouvre aussi à des travaux qui interrogent ces emprunts en les situant dans un contexte historique et épistémologique et en analysant les effets sur les questionnements architecturaux, urbanistiques ou encore sur l'aménagement de l'espace bâti et du territoire. Inversement Sasha, veut aussi faire connaître les démarches méthodologiques, conceptuelles et épistémologiques innovantes de l’architecture, expérimenter et analyser leur potentiel heuristique pour les sciences humaines et présenter les résultats intéressants issus de ce « bricolage » trans- voire inter-disciplinaire.

Source : http://sashalab.be/fr/pr%C3%A9sentation-du-centre

 

[4] L’architecture participative s’inscrit au cœur de chaque projet de Bernard Kohn dont la biographie peut être retrouvée ici : http://www.bernardkohn.org/fr/citoyen/biographie.html

 

[5] Source : http://www.futura-sciences.com/

 

[6] Source : GEHL ARCHITECTS, 2011. Repris par le site http://www.ecologieurbaine.net/

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