De consommateurs à producteurs responsables - Episode 4 : Mieux gouverner

parAnne-Sophie Prévostcatégoriedesign social

07 Jun 2016

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La plateforme Parlement & Citoyens donne l'opportunité aux citoyens français d'établir un dialogue en profondeur avec les parlementaires.

Nous l’avons vu, les méthodes du design permettent aux citoyens de ne plus consommer des solutions préconçues, mais de s’impliquer en tant que co-concepteurs et co-producteurs des solutions qu’ils souhaitent utiliser. Ces solutions concernent leur habitat, leur alimentation, leur travail ou leur apprentissage, mais aussi la façon dont leur environnement public s’organise, jusqu’à leur gouvernance.

Les liens entre design et politiques publiques : des services conçus pour et par les citoyens

De plus en plus, la sphère publique s’empare du design de service pour améliorer les services publics. Les organisations gouvernementales souhaitent ainsi réinventer – pour ne pas dire réenchanter – l’expérience citoyenne. Le design offre l’opportunité de réimaginer un service complexe en utilisant la recherche utilisateurs, la co-création, le prototypage et le test pour simplifier le parcours du citoyen. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsque l’on parle ici de design : simplifier, rendre utile et utilisable, améliorer l’expérience de l’usager, faire preuve d’inventivité !

Pour y parvenir, le design s’appuie sur les acteurs en présence, ceux qui font vivre le service au quotidien : les usagers, bien sûr, et les acteurs politiques ou administratifs.

Atout notable de la démarche, elle permet une redéfinition créative du problème. Il s’agit d’observer et de comprendre les usages pour identifier les problématiques ou les opportunités de création de valeur pour les usagers comme pour l’administration.

 

Découvrez l’exemple de la ville de Victoria, qui a fait appel au Studio THICK, spécialiste du design de service, pour améliorer ses services aux citoyens : http://www.studiothick.com/case-studies/reimagining-government-transactions/

 

Le programme « Design dans le secteur public » du Design Council vise quant à lui à augmenter la connaissance et l'utilisation des compétences stratégiques du design à travers les services publics locaux, ce qui expose les équipes à de nouvelles façons de travailler et de répondre à leurs défis : http://www.designcouncil.org.uk/our-services/service-transformation

 

Ces dernières années ont été celles, pour l’action publique, de la réduction des moyens et de l’augmentation de l’exigence de résultats. Dans cette optique, le design des politiques publiques peut apparaître comme un nouveau levier de rationalisation, permettant de « faire mieux avec moins ». C’est sans doute vrai, mais c’est également réducteur. Il s’agit surtout de chercher et de trouver, ensemble, des solutions concrètes aux questions que posent aujourd’hui l’évolution de notre société.

 

Développer une vision prospective et amorcer le changement de la sphère publique

Au-delà de l’amélioration des services publics et donc des interactions entre administrations et usagers, le monde politique semble (re)prendre conscience de la nécessité d’impliquer les citoyens dans ce que sera demain leur ville, leur région, leur pays. Le design permet ainsi de s’attaquer à des problèmes d’ordre systémique.

 

Pour combler cette nouvelle soif de vision prospective, les gouvernements comme d'autres acteurs politiques créent des « labs », dédiés à l’innovation publique. Vous pouvez découvrir l’interview du directeur du MindLab au Danemark, Thomas Prehn, sur ce mode de conception et de production de la politique publique : http://www.centreforpublicimpact.org/article/welcome-to-the-lab/

Au-delà de l’effet de mode, cette volonté de plus en plus partagée d’avoir son « lab d’innovation » est porteuse d’évolution vers un autre mode de fonctionnement, ce qui est positif.

 

Parmis les initiatives à l’international, nous retiendrons celle d’Andrea Siodmok, à la tête du UK Cabinet Office Policy Lab, qui explore comment le design peut permettre au gouvernement de penser différemment les politiques futures. A découvrir ici : http://blog.experientia.com/how-design-is-shaping-thinking-at-the-heart-of-the-uk-government/

 

La 27ᵉ région, laboratoire d’innovation publique en France, dans un partenariat entre designers, chercheurs en sciences sociales et acteurs publics, fournit de nombreuses illustrations des productions de design de politiques publiques. A noter que ce « lab » porte Superpublic, premier tiers-lieu exclusivement consacré à l’innovation publique lancé à Paris en novembre 2014 et aujourd’hui dupliqué à San Francisco : http://www.la27eregion.fr/comment-superpublic-a-gagne-le-coeur-de-san-francisco/ .

 

Dans la même veine, lancé en mai 2014 en France, RE•ACTEUR PUBLIC rassemble des services de l’Etat (le SGMAP, cofondateur du consortium), la Caisse des dépôts, des Régions (Pays de la Loire, Provence-Alpes Côte d’Azur, Bretagne, Rhône-Alpes et Centre…), des Départements (Saône-et-Loire), des Villes (Ville de Paris) et des association d’élus (ARF, ADF), en liaison avec des écoles d’administration et des opérateurs de formation continue. Tous s’engagent à faire converger leurs efforts pour renouveler les pratiques de gestion publique traditionnelles. http://reacteurpublic.fr/

 

Certaines méthodes du design se révèlent être particulièrement efficaces pour développer, avec les équipes et les citoyens, cette vision prospective de la société. Le design spéculatif ou le « design fiction » travaillent ainsi cette vision prospective à base de « Et si... ? ». Ils permettent de mettre sur pieds des scénarios, du possible au probable, auxquels ils donnent vie de la façon la plus concrète possible.

Pour en savoir plus : http://www.nesta.org.uk/blog/speculative-design-design-niche-or-new-tool-government-innovation#sthash.Qmc5G5Zd.dpuf

 

Enfin, la question désormais omniprésente de la “smart city” au sein de laquelle s’opposent visions techno-centric et visions user-centric a également participé à l’essor d’activités productrices de sens pour et par les usagers des villes de demain.

 

Le retour à une gouvernance citoyenne ?

Nous l’avons vu, les méthodes issues du design et notamment la co-création constituent un levier pertinent pour qui veut mettre en place une démarche bottom-up. Néanmoins, l’innovation peut aller plus loin en matière de gouvernance et certains citoyens et acteurs publics n’hésitent pas à rechallenger le système dans son entièreté, avec l’aide de designers impliqués.

 

C’est dans ce sens que nous vous invitons à découvrir le travail d’Armel Le Coz. Designer, Armel Le Coz s’intéresse de près aux alternatives politiques et sociales, ainsi qu’aux modèles émergents du partage et de l’ouverture. Cofondateur du collectif Démocratie Ouverte : http://democratieouverte.org/ et impliqué dans le lancement de la plateforme Parlement & Citoyens : https://www.parlement-et-citoyens.fr/, il est passionné par la conception de stratégies de gouvernance ouverte (transparente, participative, collaborative). En 2014, il a voyagé à travers la France, parcourant plus de 8.000 km pour aller interviewer 111 élus, candidats aux élections municipales et porteurs d’alternatives un peu partout dans l’hexagone. De ce périple est né un livre "Le monde de demain s'invente aujourd'hui" publié en 2015 aux Liens qui Libèrent.

 

C’est tout le lien avec le design social dans son ensemble, et avec l’économie collaborative et l’évolution des modes de vie, qui peut être fait ici. Les jeunes designers travaillent avec les citoyens "pour le bien commun" et passent de l'intention à l'action !

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