De consommateurs à producteurs responsables - Episode 2 : Mieux habiter et mieux "vivre ensemble"

parAnne-Sophie Prévostcatégoriedesign social

05 Avr 2016

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Collectif Bankjes, Amsterdam : http://www.bankjescollectief.nl/en/

Voici le second épisode de notre série dédiée aux évolutions des modes de vie et de consommation. Celle-ci fait la part belle aux citoyens, concepteurs et producteurs d’une économie collaborative et responsable. Après notre premier épisode dédié au “mieux manger”, il est temps de nous pencher sur l’évolution des façons de “vivre ensemble” et donc de concevoir et de partager nos espaces de vie, privés comme publics.

Concevoir et produire l’habitat

De l’habitat pour tous...

En 2013, Design Innovation avait reçu Bernard Laroche, alors président du Collectif Designers+ (Saint-Etienne, France) pour un workshop. Il nous avait présenté son travail autour du projet « Logement design pour tous » mené avec le PUCA. Celui-ci visait à analyser comment passer d’un habitat (pré)programmé à la programmation d’un habitat et s’attachait à quatre thèmes : les modes de vie et les logements des jeunes, le vieillissement, le logement numérique et l’accessibilité dans l’espace. Le programme expérimental composé de six projets et mettant en œuvre une démarche multidisciplinaire peut être découvert ici : http://www.designpuca.fr/site/ldpt.html
Un objectif commun à ces projets et à d’autres menés par le collectif (« Design dans les quartiers », « Design dans les écoles » et « Design dans les associations », en partenariat avec la ville de Saint-Etienne) : l’amélioration continue de la qualité d’usage, pour tous.


... à l’habitat par tous via l’habitat partagé

En 2013, ces projets et travaux de designers côtoyaient déjà des projets émanant de la sphère de l’innovation sociale, des projets citoyens, conçus avec voire par les gens, dans lesquels la qualité d’usage n’est pas délaissée mais où elle s’associe à une philosophie d’un « vivre différemment ». L’habitat partagé a alors le vent en poupe, Matthieu Lietaert en est un des ambassadeurs belges.
La conception d’un tel habitat ne peut se faire qu’avec les gens et part des besoins de ces personnes qui souhaitent « vivre ensemble mais chacun chez soi ». Ce projet d’habitat doit privilégier le partage, la flexibilité des espaces et mettre l’empathie au cœur des échanges, qu’il s’agisse des échanges entre les habitants comme de ceux avec les professionnels (de la construction, de l’habitat, les banques, etc.).


L’habitation 3D libérée de ses contraintes

Si les projets de design pour et par tous n’ont cessé de se développer depuis les échanges que nous avions eu avec ces professionnels, il s’avère qu’un nouveau type de projet a vu le jour récemment.
Ainsi, dans leur élan créatif et leur recherche de cohérence avec les principes du développement durable, les ingénieurs, les designers et les populations se tournent aujourd’hui vers la technologie de l'impression 3D qui permet de s’affranchir des contraintes de production actuelles, d’imaginer et de donner vie à de nouvelles formes d’habitat plus en phase avec les évolutions des modes de vie : nomades, respectueuses de l’environnement, modulables. Si on peut déjà travailler main dans la main avec des constructeurs 3D, tout individu pourra peut-être bientôt concevoir et imprimer son habitat personnalisé en 3D, à l’image des récents progrès en la matière.

 

habitat impression 3D
© Photo : projet AMIE

 

Ainsi, les consommateurs ont repris les reines de leur habitation qu’ils souhaitent facilitatrice de lien social, plus pratique et plus responsable et ils n’hésitent pas à mettre la technologie au service de cet objectif.

Concevoir et produire la ville : la création de lien social entre habitants

Au-delà de son espace de vie privé, les individus se réapproprient peu à peu l’espace public, seuls ou avec l’aide de designers. Encore une fois, c’est l’échange, le partage, le lien social, qui est au cœur des préoccupations et permettra de réenchanter l’expérience de la ville.

On distinguera les projets émanant d’une volonté politique et d’autres directement issus des forces vives citoyennes. Dans ces deux types de projets, les designers peuvent jouer un rôle important, de création et/ou de facilitation.

La ville veut renouer avec ses habitants

Si l’on tend de plus en plus à une co-création des politiques urbaines, cela n’a pas toujours été le cas*, ces dernières n’ont parfois même pas laissé place à une consultation citoyenne.
Aujourd’hui, grâce à la valorisation de l’apport des méthodes du design de service auprès des pouvoirs locaux, notamment dans le cadre du travail mené par La 27è Région, et via le dialogue avec les designers, les projets émanant des politiques d’aménagement du territoire souhaitent également (re)faire des espaces publics et de la ville des lieux de vie en intégrant – plus ou moins tôt – les citoyens dans un schéma de co-création. Il s’agit d’inviter les citoyens à se réapproprier les espaces publics et à les animer par de nouvelles installations ou un usage parfois détourné des installations qui les ont envahi parfois à leur déconvenance.

Exemple récent, la biennale « forme publique » visait, en 2015, à valoriser le quartier de La Défense comme « un lieu de vie agréable, à dimension humaine, ludique et pas uniquement destiné au travail ».

 

la defense

© Photo : obs-urbain.fr/

 

Il s’agit également de questionner la ville, chaque ville, pour permettre l’émergence de valeurs fortes et dégager avec les habitants les pistes d’action les plus appropriées. C’est ce qui a été fait dans le quartier « Le Soleil » à Saint-Etienne avec l’agence Talking Things. Ce quartier délaissé a une population profondément attachée à l’histoire industrielle du quartier. Une signalétique a été créée pour raconter l’histoire du quartier par ses habitants. Ce parcours urbain, riche de photos et de témoignages, permet d’identifier les lieux qui font sens pour les habitants, de découvrir des archives personnelles, de partager une valeur identitaire.
La matérialité de cette signalétique vient soutenir le travail réalisé dans l’ombre, notamment avec l’aide d’un sociologue.
Au-delà de la création de liens intergénérationnels, ce type de projet permet également aux habitants d’être fiers de leur ville et d’en véhiculer une image positive.

 

La ville se fait « hacker »

Autre possibilité : les citoyens réinvestissent les espaces publics sans attendre d’y être invités par les pouvoirs locaux !

Céline Beaufils, cofondatrice de We-Lab, nous explique sur urbanews ce qu’est le « hacking urbain » : « Pour favoriser la convivialité et développer les interactions, on assiste à l’apparition d’un nouveau mouvement : l’urbanisme tactique également appelé hacking urbain. A l’opposé des grands projets d’aménagement dont les citadins ne sont que spectateurs, les initiatives d’urbanisme tactique sont lancées par les habitants et se font à petite échelle sur du court terme. Le but reste simple : développer du capital social, prendre du plaisir à vivre ensemble. Il peut s’agir de « parking days« , journées durant lesquelles certaines places de parkings sont transformées en espaces conviviaux et végétalisés. Prenez des plantes vertes, un rouleau de gazon (faux ou vrai), des fauteuils et le tour est joué ! Autre forme de hacking urbain, le guerilla gardening consiste à planter des végétaux partout dans la ville, même dans les endroits les plus insolites. »

A Amsterdam, c’est le collectif Bankjes (qui signifie « banc ») qui invite tous les habitants d’Amsterdam à transformer, un jour par mois, les bancs de la ville en lieux de partage et d’ouverture (atour d’un verre, c’est plus convivial).

 

collectif Bankjes
© Photo : www.bankjescollectief.nl/en/

Nous citerons également l’exemple de Jérôme Glad qui travaille aujourd’hui main dans la main avec les politiques. Ce jeune entrepreneur, diplômé d’architecture en 2012, est parti à Montréal où il s’attèle avec brio à la co-construction des espaces publics. Il est à l’origine, avec Maxime Bragoli, de Pepinière&co, une association qui investit des sites urbains délaissés ou porteurs d’une problématique pour en redorer le blason et leur rendre une vocation socio-culturelle et/ou économique viable, avec l’implication des communautés locales.
Nous vous invitons, via son intervention pour TEDx Montréal, à découvrir le système de financement qu’il propose pour ces projets vecteurs de lien social sur les territoires urbains.

Notons qu’aujourd’hui la formule “hacakthon” dédiée à la ville a tendance à s’institutionnaliser à travers des partenariats public-privé, à l’image du City Remix organisé à Lyon en 2015.

 


Nous avons ainsi pu voir ensemble à quel point le citoyen que l’on considérait hier encore comme simple consommateur a repris les reines de la conception et de la production de ses lieux de vie, ainsi que de leur animation. En matière d’habitat et d’urbanisme, l’économie collaborative est également à l’oeuvre. Nous vous invitons d’ailleurs à découvrir le rendez-vous Sharing Lille qui vous est proposé par OuiShare le 21 avril et qui a vocation à mettre l'économie collaborative au service des territoires : http://www.sharinglille.com/#themes

 

 

* Voir cet article : http://www.metropolitiques.eu/Vers-de-nouveaux-modes-de.html

 

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